« Je t’offre un verre de thé pour parfaire la soirée ? » Elle acquiesce en silence et l'observe tendrement s'affairer dans la cuisine américaine. Une cuisine de célibataire : un peu désordonnée, casseroles de-ci de-là, une serviette abandonnée trône négligemment sur l’évier.. Sandra aime cette atmosphère, elle s'y sent légère, en sécurité même. Il l’a rejoint, muni d’un plateau encombrant : théière marocaine grise métallisée encore fumante accompagnée de son pot en bois sombre, duquel déborde une mosaïque de sucres en morceaux, une mosaïque de couleurs : canne, blanc, brun et candi. Deux petits verres aux bords rehaussés d'ornementations vertes complètent le service. Il verse le thé presque bouillant d'un geste ample dirigé par l'habitude, suit le cérémonial de reverser les verres déjà servis dans la théière. Elle l’observe, encore, puis rit en lui disant qu'il a des habitudes de mec enturbanné. Sans se déconcentrer de sa tache, il lui explique que c'est pour mieux mélanger le sucre qui est déjà dans la théière. Elle reste songeuse sur ces derniers mots, le regardant terminer en silence. « Prend garde, c'est terriblement chaud » Puis il ajoute doucement :. « Je suis content que tu sois là, chez moi. » Ils sont assis l'un en face de l'autre, les bougies illuminant leurs yeux de mille flammes mouvantes. Elle trempe précautionneusement ses lèvres dans le breuvage, laisse le liquide brûlant inonder ses muqueuses, l'imprégner de cette saveur si particulière, alliage de menthe fraîche de sucre et de thé vert, rappelant si intensément la volupté des anciens nectars. Elle ferme les yeux de plaisir, quand elle les rouvre, le regard de son hôte est plongé dans le sien, brûlant comme le thé et brillant comme un millier de chandelles allumées. Elle se sent convoitée, ardemment désirée. La sensation qui l'avait prise tout à l'heure réapparaît au creux de son ventre, comme une boule d'énergie, une plainte déchirante. Elle décroise puis recroise les jambes, sourit désappointée quand le jeune homme flanche et laisse traîner son regard sur la théière, avec laquelle il joue quelques instants encore pour se redonner bonne figure. Il lui parle, mais elle ne sait pas de quoi. Elle est bien trop perturbée, se demandant ce qui lui pr end.. s'alanguir ainsi sous un regard. La situation lui plait ; elle se surprend à rêver… alors que sa main libre rejoint deja celle du jeune homme, qui joue distraitement avec le couvercle de la théière. Leurs doigts se joignent, s'entremêlent ; leurs regards se trouvent. L'instant paraît durer une éternité, ils se sourient, tous deux intimidés par ce contact si simple mais franc. Sourdement, la conversation reprend, ils parlent des autres, de la vie, de tout et non pas de rien. Leurs mains sont toujours enlacées, mêlées dans une parade érotique complexe, où les doigts sont autant de zones érogènes, où la paume est un lit de tendresse. Leurs propos sont à des lieues des méandres de leurs mains, ils le savent mais se délectent de cette contradiction. Ils terminent leurs verres respectifs dans une ambiance détendue mais intense. Elle se lève en le remerciant pour son accueil, l'embrasse doucement à la commissure des lèvres, sur le pas de la porte. Tandis qu'il la serre contre lui d'un mouvement amical, elle plaque inconsciemment son bassin au sien, sa poitrine pleine écrasée par leur étreinte.. Ils se détachent à regrets.
