Cela fait deux semaines qu’il est sans nouvelles, deux semaines interminables où chacune des secondes passées avec Elle le hante sans cesse. L’euphorie s’est peu à peu muée en une mélancolie indescriptible. Ce soir la mélancolie est cafardeuse. Mais ce cafard, il le goûte dans ses moindres replis, appréciant pleinement cet état qu’il n’ose nommer. La pluie bat la fenêtre avec intensité. A l’origine de ses sombres pensées, elle tombe violemment depuis quelques minutes comme si de rien n’était, les nuages sont tellement sombres qu’il est forcé d’allumer sa lampe halogène, luminosité faible, presqu’ombre, comme si le soleil, déjà, disparaissait se reposer. Le sien est parti il y a onze jours exactement. Il aurait pu appeler mais n’a osé le faire, n’ayant rien à dire de particulier, voulant juste l’entendre, il aurait dû… Anouar Brahem et son « conte de l’incroyable amour » accompagne le chant plaintif de la pluie, le chant de son cœur… De nombreuses fois il a maudit sa mortelle timidité, il se dit qu’elle ne s’est pas sentie désirée, qu’il cache trop tout ce qui l’assaille, mais à chaque fois, il en arrive à la même conclusion : il n’aurait de toute façon rien pu faire de plus. Il ne faut pas regretter ce qui est fait. Les heures passées en Sa compagnie furent magiques, grâce aussi à sa timidité.
